Rencontre avec une lauréate : Diana Stohnushenko

Rencontre avec une lauréate : Diana Stohnushenko

Rencontre avec une lauréate : Diana Stohnushenko

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Diana Stohnushenko, pianiste ukrainienne arrivée en France à 14 ans sous les bombes. Son parcours d'exil, son double cursus au CRR de Paris et PAX MUSICA.

Je m’appelle Diana Stohnushenko, je suis ukrainienne, je suis venue en France en 2022, pile un mois après le 24 février 2022, et je suis pianiste. J’ai 17 ans.

C’est tout à fait naturel pour moi de jouer du piano, parce que je suis née dans une toute petite ville et mes parents travaillaient dans une école d’art. Ma mère travaillait à la scolarité et mon père est trompettiste, ils se sont connus dans cette école. Dès mon plus jeune âge, j’étais avec eux au travail et j’écoutais tout le temps de la musique, surtout avec mon père, on écoutait tout le temps de la musique. J’ai commencé par la danse, la danse classique, et en parallèle, je faisais un peu de piano. Et au bout d’un an, je me suis dit que vraiment, je veux faire du piano, je veux me concentrer sur le piano parce que j’adorais ma professeure, et la musique. En Ukraine, j’habitais dans une toute petite ville et je n’avais pas beaucoup d’occasions d’aller écouter les concerts symphoniques, mais avec ma professeure, je me rappelle un jour, j’étais à l’école et là, elle m’appelle et me dit « Diana, si tu veux, demain soir, il y a un concert à Kharkiv, et si tu veux, on peut y aller. » Et j’ai dit « Mais oui, je suis trop contente, on va y aller écouter. » Et le lendemain, on est allées avec aussi une fille de notre classe de piano, juste pour écouter le concert. Ça, on le faisait assez souvent. On est allées écouter des concerts pour piano, même juste des symphonies, et ça me fait vraiment plaisir quand je repense à ça maintenant. C’était 4 heures en voiture à peu près… Et le lendemain, il fallait aller à l’école à 8 heures.

Dans ma région de Donetsk, on parle plutôt russe, mais je peux parler ukrainien et russe de manière fluide parce que j’avais cours de russe jusqu’à mes 10 ans à l’école et après, les cours se sont arrêtés après 2014, mais je parle ukrainien aussi, sans problème.

Concert PAX MUSICA - IMA 2025
© NIREVES PHOTO – PAX MUSICA

Ses projets avant la guerre et le départ

En 2022, début septembre, déjà mes plans, c’était d’aller étudier au conservatoire de Kharkiv justement parce que j’avais déjà rencontré mon professeur, mon futur professeur et je voulais faire mes études là-bas. Et après, quand la guerre a commencé, j’ai compris que ça n’allait pas du tout être possible et on a dû quitter le pays avec ma maman. Et après, c’était tout flou, je ne sais pas, je ne connaissais rien du tout. C’était un peu vague pour moi.

La guerre a commencé le 24 février et je me rappelle que ma mère m’a réveillée et m’a dit « Diana, réveille-toi, la situation n’est pas bonne. » Et vite, on a compris qu’il fallait partir parce qu’on habite assez proche du front. On est parties le jour de mon anniversaire, le 26 février, de notre appartement. On est allées chez nos amis dans la région de Dnipropetrovsk. C’était aussi trois heures en voiture et on est restées deux semaines chez eux. Puis, on est parties à l’ouest de l’Ukraine.

À l’ouest de l’Ukraine, on était dans un hôtel pour les Ukrainiens venus de loin. On habitait tous là-bas et un jour, un journaliste français est venu. Dans cet hôtel, il y avait un piano électronique. Et ma maman m’a dit « Diana, viens, il faut que tu joues. On va parler de toi, c’est vraiment une occasion. » Le journaliste nous a prises en photo, il nous a interviewées un peu. Et deux semaines plus tard, il nous a publiées dans un journal qui s’appelle « Le monde des ados ». À ce moment-là, on était en Autriche avec ma maman. Deux semaines plus tard, ce journaliste nous appelle. Il dit « il y a une famille française qui a lu l’article sur vous et ils veulent vous accueillir chez eux à Paris pour continuer la musique ».

Le lendemain, on est parties avec ma maman pour Paris. Je me rappelle que ma mère m’a posé une question. Si je veux rester à Vienne pour faire mes études ou si je veux partir à Paris ? Je ne sais pas ce que je veux faire. Je comprends qu’il faut apprendre la langue, etc. Ça va être compliqué. Mais je me suis dit : non, ça va être Paris. Je ne sais pas pourquoi. J’ai senti que j’ai envie. Enfin, on pensait que je voulais faire mes études à Vienne, mais on avait bien sûr le choix. Je me suis dit que j’avais envie d’aller à Paris parce que déjà, en Ukraine, j’avais aussi un petit peu de cours de français à l’école. Et c’était beaucoup plus proche pour moi la langue française que la langue allemande.

Quand on est arrivées dans cette famille, la maman de cette famille, Céline, nous a fait connaître une professeure japonaise, Kei Saotome, qui travaillait au conservatoire de Versailles. Et j’ai commencé les cours avec elle. On a travaillé ensemble pendant un an et demi. C’est comme ça aussi que j’ai connu Toma Bierwetzki, qui est aussi lauréat de Pax Musica, car il faisait ses études à Versailles. Il continue aussi le violon avec Aleksandr Brusilovski. C’est le mari de Kei. On a fait des concerts ensemble avec Toma, déjà en 2022. On a fait un concert de soutien pour l’Ukraine à La Madeleine en juin 2022.

Diana Stohnushenko - PAX MUSICA
© NIREVES PHOTO – PAX MUSICA

L’installation en France, l’administration

Je vois ma maman qui continue de s’inquiéter pour ces questions de papiers. Mais heureusement, il y avait Céline, la maman de notre famille, qui nous aidait tout le temps. Et aussi la maman de Frédéric, le père de cette famille, qui parle un petit peu russe. Elle continue de nous aider s’il y a quoi que ce soit, les problèmes avec la carte vitale ou la CAF.

Lorsque je suis arrivée, on m’a intégrée dans un collège en cinquième, j’aurais dû être en quatrième. Mais comme je ne parlais pas la langue française, on m’a intégrée en cinquième. Maintenant je suis en première. J’ai 17 ans alors que normalement je devrais être en terminale. J’ai quelques difficultés, parce que parler et comprendre les textes du XIXe siècle, c’est quand même pas la même chose. J’ai des difficultés en français…

Diana Stohnushenko au Palais de la Porte Dorée
© NIREVES PHOTO – PAX MUSICA

Rencontre avec Pax Musica

C’est justement Toma Bierwetzki qui m’a fait connaître Pax Musica, le concept de Pax. Que ça va être une possibilité de rencontrer différents musiciens et avec qui on pourra faire des concerts, échanger. J’ai beaucoup aimé parce que justement il y a ma maman qui me dit tout le temps, il faut aller là où ça fait plus de peur. Parce que c’est là où on grandit. J’écoute toujours ma maman, donc je me suis dit oui, si j’ai peur, il faut y aller. Même en Ukraine, je n’étais pas une fille très socialisée parce que j’étais un peu timide. Maintenant, avec Pax Musica, j’essaie de parler avec des gens et de communiquer. Et ça marche plutôt bien. Au conservatoire aussi, parce que je suis au lycée à Paris, dans le 8e arrondissement, en double cursus. Et justement, dans le double cursus, on a beaucoup d’élèves qui sont au CRR. Et c’est vraiment très sympathique parce qu’à chaque fois, on mange ensemble, on est en cours et après on va tous au CRR. On a des cours en commun et c’est magnifique. J’adore. J’ai beaucoup d’amis.

J’aimerais bien jouer avec les différents lauréats de Pax Musica. Avec Nadia, par exemple, on va jouer en concert le 4 décembre. Quand on a répété cette semaine, on s’est dit oui, justement, si ce n’était pas Pax Musica, si on n’avait pas cette occasion de jouer ensemble, on n’aurait jamais joué ensemble, répété. C’est magnifique, je trouve, de découvrir de nouveaux programmes, de rencontrer les différents lauréats, d’échanger.

Déjà, j’ai connu mon mentor, Nikita Mndoyants. On discute beaucoup avec lui à propos des concours, des différentes académies en France. C’est une énorme chance de pouvoir se voir comme ça chaque mois avec lui. Même s’il habite à Strasbourg, on peut s’appeler tous les mois. C’est quand même génial de pouvoir s’appeler avec un pianiste concertiste et d’échanger avec lui comme ça, face à face. De pouvoir avoir les réponses à toutes tes questions, si tu as quoi que ce soit. Par exemple, je peux demander comment il construit ses programmes, comment il construit sa manière de travailler. Par exemple, on avait discuté du Troisième Concerto de Rachmaninov. Il m’a dit que lui, il a commencé en 2019. Il a commencé à jouer un peu pour plaisir. Après, il a abandonné. Puis, il a recommencé. Ça allait beaucoup mieux. Ça dépend des morceaux. Il peut me donner des conseils à propos d’un morceau ou du choix d’un programme.

Diana Stohnushenko au Palais de la Porte Dorée
© NIREVES PHOTO – PAX MUSICA

Arriver jeune dans un nouveau pays

Je pense que c’est beaucoup, beaucoup mieux. Déjà parce que quand on a 25 ans ou 27 ans, on a beaucoup plus de difficultés pour apprendre la langue. C’est sûr. Je suis très contente d’être arrivée quand j’avais 14 ans. Parce que comme ça, j’ai pu faire mes études au Conservatoire de Paris, construire ma carrière en France petit à petit, dès le plus jeune âge. D’abord, le CRR de Paris. Après, ça sera le CNSM. Je pense que c’est beaucoup mieux pour moi.

Diana Stohnushenko au Palais de la Porte Dorée
© NIREVES PHOTO – PAX MUSICA

Ce qui manque ici

Je pense que c’est mes proches. C’est mon père que je n’ai pas vu depuis presque 4 ans. Parce que les hommes n’ont pas le droit de sortir du pays après 18 ans. Et moi, je ne suis pas arrivée à retourner là-bas, parce que je n’avais pas de papiers ukrainiens. On n’a pas pu se voir, mais on va se voir, je pense cette année au printemps. On est en contact, on parle en visuel assez souvent. Il m’envoie des photos de ses concerts. Il est professeur, il est au conservatoire de Dnipro. Aussi, il est chef d’orchestre. Il continue à faire et donner des concerts avec des élèves. Et il enseigne la direction d’orchestre.

Diana Stohnushenko au Palais de la Porte Dorée
© NIREVES PHOTO – PAX MUSICA

Projection vers l’avenir

Pour le moment, j’ai très envie de rester à Paris. Bien sûr, de donner des concerts en France, mais aussi à l’étranger. Et bien sûr, en Ukraine, quand ça sera possible, de donner des concerts avec l’orchestre. Ou maintenant, grâce à Pax Musica, justement, on fait connaissance avec des gens. Et peut-être qu’après, on va pouvoir partir, par exemple, en Arménie, jouer un concert de musique de chambre ou un récital.

Diana Stohnushenko au Palais de la Porte Dorée
© NIREVES PHOTO – PAX MUSICA
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