Rencontre avec un lauréat : Danylo Dovbysh

Rencontre avec un lauréat : Danylo Dovbysh

Rencontre avec un lauréat : Danylo Dovbysh

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Danylo Dovbysh, pianiste ukrainien lauréat PAX MUSICA. De Kharkiv à Paris : son exil, sa vie musicale et sa rencontre avec sa mentore Dana Ciocarlie.

Copyright : Guilhem Grosso – PAX MUSICA

« Pendant que je jouais, je me suis déconnecté. J’étais dans la musique. C’était juste bien de jouer. » – sur le moment où, le jour de l’invasion de l’Ukraine, il joue malgré tout son concours d’entrée au CNSM.

Né à Zaporijjia, en Ukraine, il commence le saxophone à 8 ans — inspiré, dit-il, par Lisa Simpson. À 14 ans, il quitte seul sa ville natale pour rejoindre un internat à Kiev, puis intègre le conservatoire de la capitale avant de réaliser son rêve : venir étudier en France, berceau du saxophone classique. Après quatre ans au CRR de Lyon, il se présente au concours d’entrée du CNSM de Paris le 26 février 2022 — deux jours après le début de l’invasion, tandis que sa mère lui annonce les premières sirènes sur Zaporijjia. Il est finalement admis, y obtient deux masters, en saxophone et en musique de chambre, et s’impose comme le premier saxophoniste ukrainien à avoir intégré cette institution.

À travers son témoignage, découvrez le parcours d’un musicien d’exception, fondateur d’un quatuor de saxophones, dont la trajectoire entre Ukraine et France illustre à la fois la ténacité nécessaire pour s’imposer dans un répertoire méconnu, et comment Pax Musica est venu, au bon moment, ouvrir de nouvelles portes vers une carrière et une pédagogie à la hauteur de ses ambitions.

 

Enfance et formation

Je suis né à Zaporijjia, en Ukraine. C’est une ville du sud-est d’Ukraine. Là où il y a une centrale nucléaire à 20 kilomètres de la ville. En fait, la région de Zaporijjia est très grande. La ville de Zaporijjia, c’est un peu le centre de la région. C’est la ville principale de la région, qui va jusqu’à la mer d’Azov.

Je suis le seul musicien de ma famille. Mais ma mère me racontait que mon arrière-grand-père jouait de l’accordéon avec ses frères. Ils étaient quatre frères. Ils ont joué partout l’accordéon, les percussions. Mais sinon, mes parents, non. Comment j’ai choisi le saxophone : d’abord, quand j’étais enfant, de temps en temps, je regardais la télé, il y avait les Simpsons. Chaque fois que je voyais l’intro, j’entendais que Lisa Simpson jouait du saxophone. J’embêtais ma mère pour qu’elle m’emmène à l’école de musique. Il y avait ça. Et puis, il y avait aussi mon voisin au-dessus qui a joué de temps en temps le saxophone.

Ce qui était drôle, quand on est venu à l’école de musique, la directrice me demande : « Qu’est-ce que tu veux jouer ? » Je vois que ma mère avait espoir que je dise « accordéon » comme son grand-père. Mais je dis « saxophone ». Ce qui était drôle, c’est que mon premier professeur de saxophone, c’était le même professeur de mon voisin. Je ne le savais même pas. J’avais 8 ans quand j’ai commencé le saxophone. Je pense que c’est un bon âge pour commencer. Souvent, vu que c’est cher, on commence avec la flûte à bec. Pour voir, c’est à peu près les mêmes doigtés. On va apprendre à souffler. Et puis, si ça marche, on prend le saxophone.

J’ai commencé dans une école primaire de musique, où on passe 7 ans à peu près. Une fois passée cette formation, on peut aller soit au collège de musique, soit au lycée de musique. En Ukraine, on a 11 ans d’éducation. On ne distingue pas trop, comme en France, 6e, 5e, terminale : c’est 11 ans d’école. A l’époque, il y avait 5 écoles comme ça. C’est un peu aussi l’héritage soviétique. On a les cours normaux, math, physique, sport, etc. Mais les cours principaux, c’est la musique. En même temps, on a aussi les cours avec notre professeur principal. Les cours de solfège, à partir de 9e année, harmonie, littérature musicale.

Quand j’avais 14 ans, je suis parti de Zaporijjia, tout seul. J’ai vécu 3 ans à l’internat à Kiev, dans une école comme ça. J’ai passé 3 ans dans cette école. Et puis, je suis entré directement au conservatoire pour faire une licence. C’était quelque chose pour mes parents, surtout pour ma mère, quelque chose d’inquiétant. Moi aussi, j’étais assez casanier, à la maison. C’était un pas à faire. C’est tôt, 14 ans. Mais quand on est venu là-bas, on a vu qu’il y avait des plus petits qui étaient déjà à l’internat, à partir de la 5e année d’école, qui vivaient déjà là. C’était plus facile pour les gens qui habitaient à Kiev. Mais pour nous, qui venions d’autres villes, on n’avait le temps que pour les vacances chez nous.

J’avais 17 ans quand je suis rentré au conservatoire. Et puis, ma dernière année à Kiev, j’ai commencé à me dire que peut-être qu’il vaut mieux essayer d’autres écoles, d’autres mentalités, d’autres langues, pour voir si je peux m’adapter. Surtout que en saxophone classique, je voyais pendant mes études les gens qui jouaient très bien, qui étaient plus âgés que moi. Et quand ils finissaient le conservatoire, la prochaine étape pour eux, c’était de jouer la musique pop dans les bars, dans les cafés. Je vois que presque tout le monde fait ça. Il n’y a pas trop d’offres d’emploi, ni pour travailler, ni pour enseigner. Moi qui faisais la musique classique toute ma vie, je voulais continuer. Pour moi, c’était bizarre de ne pas continuer. En plus, j’ai participé souvent à des concours internationaux. Je parlais avec des gens de l’étranger. Il y avait pas mal de professeurs de saxophone qui venaient de l’étranger en Ukraine pour donner des masterclasses. C’est ça qui m’a un peu motivé. Et c’est ça qui m’a un peu fait poser la question que peut-être ça peut être autrement. Comme les systèmes d’éducation, les systèmes pour continuer. Les études, mieux réussir.

Etudes en France, première étape Lyon

Pour moi, c’était le rêve d’être en France, de faire les études en France. On peut dire que le berceau du saxophone classique est en France. Le saxophone est né à Paris par son créateur Adolphe Sax. On peut dire que c’était le premier professeur de saxophone qui était au conservatoire. Pour imaginer comme le saxophone est jeune, c’est que là, maintenant, le professeur au CNSM, au conservatoire, professeur de saxophone qui a pris son poste l’année dernière en 2025, c’est juste le cinquième dans l’histoire après Adolphe Sax !

C’était ça mon rêve. J’avais deux ou trois professeurs chez qui je visais. Je me disais qu’il vaut mieux d’apprendre avec eux, vraiment les pédagogues. On se croisait sur les congrès de saxophone. On a parlé un tout petit peu. J’ai décidé que je voulais faire le CRR (Conservatoire à Rayonnement Régional) de Lyon. Parce que malheureusement, au CNSM de Lyon, il n’y a pas de classe de saxophone. Il y a une seule classe au CNSM de Paris avec 12 étudiants. Donc, le concours d’entrée, c’est très difficile. Il y a toujours plus de 60 personnes qui se présentent au concours d’entrée avec deux ou trois places, quatre maximum.

Donc, j’étais rentré à Lyon. J’y ai passé quatre ans, quatre ans où j’ai beaucoup travaillé, j’ai amélioré des choses, la base, la technique, la musicalité, avec mon professeur Jean-Denis Michat. Ce qui était vraiment bien pour moi, c’est que vu que c’était CRR et vu que j’avais déjà mon diplôme de licence ukrainien, j’avais pas besoin de faire solfège, musicologie, d’autres cours. Je n’ai fait que du saxophone pendant quatre ans. Vraiment, que du saxophone. C’était vraiment incroyable.

Vivre en France, se débrouiller avec l’administration

C’était dur aussi financièrement. Et c’était dur aussi de convaincre mes parents qu’il faut peut-être faire ce pas, d’aller à l’étranger. Parce que peut-être maintenant, aussi avec l’invasion, avec la guerre, il y a beaucoup plus, bien sûr, d’Ukrainiens qui partent à l’étranger, qui viennent à l’étranger. Mais avant, c’était pas si souvent. En fait, c’était aussi un peu l’héritage soviétique, qu’on reste chez nous, on ne bouge pas trop, seulement pour partir dans d’autre villes. Mais à l’étranger, c’est le fait qu’il faut apprendre autre langue, il faut s’adapter. Tout le monde commence à manquer la patrie, comme on dit. Oui, la langue maternelle. C’est ça la peur, je pense, de la plupart des gens. C’était ça à l’époque.

Heureusement, pendant les premiers trois ans, j’ai eu la chance d’être dans la résidence de Crous. Donc j’ai pu payer avec la CAF moins de 200 euros. Et c’est pour ça que je suis resté en France. C’est grâce à cette chance que j’ai trouvé, c’était dur à trouver déjà la résidence. Parce qu’en fait, à l’époque, c’était 2018, au CRR, le concours d’entrée était en septembre, à la fin de septembre. Donc si tu entres, tu restes, et si tu restes, il faut que tu trouves un appart, donc il faut tout faire maintenant. Et pour moi, le problème à l’époque, c’était que l’Ukraine, ce n’est pas l’Union Européenne. Et donc j’avais besoin de rentrer en Ukraine pour demander un visa. Sauf que pour demander le visa, il faut déjà avoir le document de l’attestation de domicile et de tout ce qu’il faut. Donc comment je fais ça ? Et donc si je n’avais pas obtenu de place dans cette résidence, je ne pense pas que j’aurais pu rester en France. Il y avait plein de petits moments, des détails où j’ai eu de la chance. Ça devait être comme ça peut-être.

J’ai vécu avec peu d’argent, mes parents m’ont aidé. Et puis j’ai dû vendre aussi un de mes saxophones pour avoir de l’argent, justement. Pour la deuxième année, c’était aussi compliqué. Mais quand j’étais en Ukraine, il y avait un gig (une série de concerts) qui nous est tombé au bon moment, un gig en Arabie Saoudite. Pendant trois semaines, on a dû jouer pour une ouverture de parc, et on devait jouer dehors avec les gens du cirque. Donc voilà, on avait gagné un peu l’argent et ça m’a permis encore d’être un peu en France.

Et après, à partir de la troisième, quatrième année, quand j’ai parlé un peu mieux le français, j’ai commencé à donner des cours. Des cours privés, c’était un peu plus facile.

Entrée au CNSM de Paris

Ensuite j’ai décidé de passer l’entrée au CNSMDP (le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris). J’ai essayé pour la première fois pendant ma troisième année à Lyon et j’étais deuxième ou troisième sur liste d’attente. Je me suis dit qu’il fallait faire un peu de travail sur les erreurs, les choses à améliorer. Mentalement aussi, il faut mieux se préparer. Après, c’est les concours. On ne peut pas savoir, surtout quand il y a autant de monde. Mais je me suis dit, oui, je vais tenter. Donc j’ai retenté ça. Cette fois-ci j’étais premier sur la liste d’attente.

Normalement, à l’époque, ils prenaient une personne pour la licence, une personne pour le master. Et cette année-là, ils ont pris deux personnes pour la licence. Du coup, j’étais premier sur la liste de master. Et la raison, ils ont dit que je n’étais pas si convaincant pendant l’entretien ! Parce que quand j’ai joué, ils ont tout apprécié. Ils attendaient le même niveau de performance pendant que je parlais. Mais pour l’entretien, juste avant d’aller parler, j’étais sur mon portable. Et moi, dans la tête, je n’étais pas du tout là. Parce que c’était le 26 février 2022. C’était deux jours juste après l’invasion. Il y avait le danger à Zaporijjia, et avec mes amis à Kiev. Le jour du concours, ma mère m’appelle le matin. Elle dit que « pour la première fois il y a des sirènes à Zaporizjjia. On ne sait pas où aller. On ne sait pas où sont les bunkers. » C’était vraiment un moment stressant. Toutes les cartes bancaires ne marchaient plus. J’étais vraiment en frustration.

J’ai réussi à jouer quand même. Ce qui était bizarre, c’est que c’était le seul moment quand j’ai joué, c’était un bon moment. Avant de jouer, dans ma tête, j’étais dans les nouvelles, tout ce qui se passe, sous le coup de l’appel. Mais pendant que je jouais, je me suis déconnecté. J’ai réussi. J’étais dans la musique. J’étais content. Pendant que je jouais, je me disais que c’est ce que je voulais faire toute ma vie. Depuis que j’étais enfant, c’est ça ce que je voulais faire. C’était vraiment touchant pendant que je jouais. Il n’y avait pas vraiment l’espace pour les erreurs, pour le stress. Je m’en fichais. C’était juste bien de jouer. Je n’ai même pas trop pensé que c’était le CNSM. Je voulais juste jouer et ça m’a donné du plaisir. Je pense que c’est depuis ce moment que j’ai beaucoup moins de trac quand je joue sur scène.

Donc j’étais premier sur la liste d’attente. En même temps, j’ai tenté le concours d’entrée, pour faire un master au conservatoire à Bruxelles, avec aussi un bon professeur. J’étais entré. J’ai dû faire le choix. J’ai dit que je vais attendre la réponse de Paris. Déjà, comme établissement, c’est mieux le CNSM de Paris. Mais surtout aussi par rapport aux changements de documents, des visas. En fait, peut-être que quand on est dans l’Union Européenne, on ne pense pas trop à ça. On peut changer de pays sans aller dans tous ces problèmes administratifs, ces démarches. Mais quand on ne vient pas de l’Union Européenne, on doit refaire les demandes des visas. Tout faire à nouveau. Vu que j’avais déjà passé du temps en France, je voulais quand même rester. Heureusement que oui, j’étais finalement pris.

Quatre ans plus tard, donc, j’ai réussi. J’étais entré au CNSM de Paris. Et donc en septembre, octobre 2022, je suis venu de Lyon à Paris. En première année de master. Et en même temps, on a commencé la préparation du concours d’entrée pour la classe de musique de chambre avec mon quatuor de saxophones. Et donc finalement, j’ai passé trois ans au CNSM. Et ma deuxième année de master de saxophone, c’était aussi la première année de musique de chambre. Donc j’ai fait deux masters.

Le quatuor de saxophones

Dans le quatuor de saxophones, au début, on était tous des Lyonnais. C’est-à-dire qu’on a tous fait les études au CRR, mais pas en même temps. Cette année, ça marche bien. C’est une formation assez classique chez les saxophonistes, le quatuor de saxophones. On peut faire la référence au quatuor à cordes : il y a quatre saxophones de voix différentes, soprano, alto, ténor, baryton. On a beaucoup de répertoire écrit pour saxophones. On fait des créations aussi avec les compositeurs. On essaie de le faire de plus en plus. Beaucoup de transcriptions de musiques, des oeuvres connues. Par exemple, dans notre répertoire, il y a le quatuor américain de Dvorak, les quatuors de Haydn. C’est assez populaire aussi. Ce qui est drôle, c’est qu’à chaque fois qu’on joue en concert, les gens sont très étonnés. Chaque fois, il y a des gens qui viennent et qui disent « Waouh, je ne savais pas que les saxophones pouvaient sonner comme ça. Les saxophones ensemble pouvaient sonner comme ça. » Donc, il y a quand même pas mal de travail à faire pour que de plus en plus de gens sachent.

Il faut aussi un peu changer ce cliché du saxophone. Quand on parle de saxophone, pour les gens, c’est l’instrument jazz, bien sûr, mais surtout l’instrument où on fait la musique pop.

Il y a beaucoup de quatuors de saxophones. Avec Pax Musica, on avait les ateliers pendant cette année, et il y avait des agents qui venaient, des gens de labels qui nous parlaient, par exemple ils nous disaient « pour que l’agent vous prenne, déjà il faut que vous ne soyez pas n’importe qui, mais par exemple gagner un concours, c’est déjà un bon début », et avec mes collègues on dit, chacun de nous, on a participé à plein de concours, on était plein de fois les finalistes, certains d’entre nous gagnaient les concours, mais du coup quand on parle de saxophone, on sent que c’est beaucoup moins connu alors que quand on parle des concours de violon, de piano, de violoncelle, c’est plus renommé. Pourtant, les concours de saxophone, c’est aussi avec une grande préparation. Mais malheureusement quand on fait les concours de saxophone, il y a moins d’avantages : j’ai gagné par exemple l’année dernière un concours à Zagreb, j’ai gagné un peu d’argent et un engagement de concert pour revenir à Zagreb un an plus tard, mais il n’y avait pas d’engagement du côté des agents, ni pour faire un disque ou un enregistrement, c’est ça la direction où il faut qu’on travaille.

Découverte de Pax Musica

J’ai découvert Pax Musica par hasard. Avec ma copine, nous sommes allés au théâtre de Belleville, il y avait une pièce d’un jeune acteur ukrainien, « Je n’écris plus qu’en français », et en fait c’était l’histoire d’un Ukrainien de mon âge, qui est venu en France en 2022, et au moment de l’invasion, il était à Moscou, où il faisait des études, et quand la guerre commençait, il a vu les réactions des gens, ils ont commencé à dire « qu’est-ce que tu racontes, il n’y a rien qui se passe, tout ça c’est la propagande ukrainienne sur la télé, il n’y a pas vraiment la guerre ». Donc il a compris un peu l’ambiance là-bas, et il s’est enfui de la Russie, et du coup c’était son histoire, il est arrivé en France, et pendant deux ans, il a appris français. Et donc on a vu son spectacle, et après on a discuté avec lui, il y avait une dame qui s’appelle Judith Depaule, qui a créé l’atelier des artistes en exil, c’est elle qui m’a présenté Pax. Elle m’a dit « je ne sais pas encore comment ça va marcher, parce que ça va être la première édition, je connais Hélène, elle m’a parlé vite fait de ça, mais vas-y, postule, pourquoi pas, tu es musicien, donc il faut que tu fasses ça ».

Après, j’étais intéressé, on regarde l’heure, elle dit « il est 22h, par contre, il te reste 2h jusqu’à deadline, donc arrête de boire le champagne, et rentre chez toi ». Voilà, il était déjà tard, je me suis dit, je ne vais pas faire le vidéo, ça va être compliqué, ça va être plus facile si j’écris, j’explique tout que j’ai appris à la dernière minute, et donc, j’ai fait toutes ces lettres de motivation, d’explication, j’ai envoyé mon CV avec mes liens des vidéos, comment je joue, et j’ai envoyé ça vers 3h du matin, et finalement, Hélène m’a appelé, peut-être une semaine plus tard, pour demander des choses sur le saxophone, parce qu’on ne connaissait pas grand chose sur le saxophone, surtout classique, même sur la liste des instruments, il n’y avait pas de saxophone, j’ai dû marquer « autre » !

J’ai posé ma candidature pour sortir, déjà : j’avais besoin de sortir de quatre murs, de la situation d’étudiant, quand on travaille que dans la salle, avec pas énormément de concerts. Quand j’ai lu qu’il y aura des ateliers, qu’il y aura l’aide pour accomplir les projets, pour aider, pour comprendre comment les développer, justement, c’était ça qu’il me fallait, jouer plus souvent sur scène, pour avoir plus de communication avec le public, et c’était justement la première année où je ne faisais plus des études.

C’était aussi vraiment drôle d’apprendre que mon mentor va être Guillaume Berceau, parce que, les saxophonistes, on se connaît tous, surtout, il était aussi au CNSM, surtout que dans son quatuor qui est très connu, son quatuor Zahir, il y a un membre avec qui j’ai fait les études à Lyon, j’ai fait les études à Paris, donc on fait les festivals ensemble, on est vraiment les potes. Avec Guillaume, on n’était pas vraiment des amis, on ne se voyait pas souvent, mais on se connaissait, bien sûr, et je suis content que c’est Guillaume, on est devenus beaucoup plus proches, on a plein de choses en commun, sur la vision du saxophone, sur la vision de la pédagogie, sur le développement du saxophone. Là où il m’a aidé le plus, c’est quand il était à Rocabella, on a passé trois jours d’affilée, il m’a aidé avec un entretien pour le concours d’entrée en CA, Certificat d’Aptitude Master de Pédagogie. Juste après j’ai passé le concours d’entrée à Paris, ça s’est bien passé, on va voir, dans quelques semaines, j’aurai la réponse, si tout va bien, je vais refaire les études à partir de l’année prochaine, mais déjà, dans un autre statut, pour la pédagogie.

Il m’a aidé aussi surtout par rapport au quatuor, il m’a beaucoup montré comment ça fonctionne dans son propre quatuor, l’organisation, qui est responsable de quoi. Il m’a montré que tout doit être bien structuré pour bien réussir. Voilà. Donc, oui, c’était toujours des moments sympas de passer avec lui.

Il m’a dit tout au début « au niveau technique, au niveau musical, j’ai rien à t’apprendre, parce que je connais ton niveau, donc je sais pas quoi te dire », mais il m’a beaucoup aidé au niveau des démarches. Et surtout pour la pédagogie, parce que moi, j’avais pas même confiance de faire concours de CA, parce qu’il fallait écrire. Mais finalement, c’est passé.

Ce que Pax m’a apporté aussi, c’est la résidence de Rocabella : une résidence comme ça, passer presque 2 mois avec des artistes d’autres domaines, ça élargit le spectre vraiment beaucoup. Déjà, avant, quand j’étais à Lyon, de sortir du monde du saxophone, pour moi, c’était quelque chose d’intéressant. L’année dernière avec un ami saxophoniste, on a commencé à imaginer : comment tu vois tes prochains dix ans ? Moi, ma première réflexion, c’était : ne pas se focaliser dans le monde du saxophone ! Bien sûr, parce que c’est important, donner les masterclasses, aller dans les villes différentes, connaître les autres, mais quand même, faire pas les concerts seulement pour les saxophonistes, c’est ça ce qui est important, et donc, on dirait que j’ai lancé une pensée, une graine, en prononçant ça, que je veux avoir quelque chose d’autre, peut-être pas seulement de la musique. Quelques semaines plus tard, Hélène m’a écrit il y a un truc de ouf, la Rocabella, est-ce que ça serait possible pour toi d’avoir deux mois pour partir de Paris ? Ah oui, ça vaut vraiment la peine.

L’avenir…

En Ukraine, c’est sûr que je veux bien y passer souvent, puisque même maintenant, on s’appelle souvent avec les élèves du conservatoire, et avec mes amis avec qui j’ai fait les études, qui viennent de temps en temps  au conservatoire, ils racontent la situation, j’ai plein de choses à raconter, à partager, mais les professeurs, c’est toujours les mêmes ! En fait, peut-être que c’est pas seulement au conservatoire, en Ukraine, et je veux dire dans les autres domaines, mais surtout, je sais bien qu’au conservatoire, les professeurs, ils vont à la retraite quand ils sont morts, malheureusement. Donc c’est vraiment, tu vois des gens qui ont 90 ans, et oui, ils enseignent.

Bien sûr mon professeur à Kiev, il m’a donné pas mal de choses. Surtout, ce qu’il m’a donné le plus, c’est la sensation d’être sur scène et faire les concerts. Donc c’est ça ce qui était important. Mais si on parle de d’autres choses comme laisser la place pour les jeunes, y a pas vraiment ça. Parce que, par exemple, et c’est pas seulement lui, mais il travaille dans la philharmonie, avec Quatuor dans l’Opéra, basse-clarinette et soprano-saxophone. Il enseigne à l’école secondaire où j’étais. Il enseigne au conservatoire. Il enseigne encore dans deux autres universités.

Donc, nous, on peut travailler où ? Les gens qui finissent, se disent « On va où ? » Genre les masters de pédagogie qu’on fait en Ukraine, qu’est-ce qu’on fait avec ça ? Travailler dans l’école primaire avec le salaire comme ça ? C’est question de salaire aussi. Si tu veux gagner bien la vie comme saxophoniste, tu vas dans les orchestres d’harmonie, un peu comme en France. J’ai deux amis qui travaillent dans l’orchestre d’harmonie de la Philharmonie. Il y a un autre qui travaille dans l’orchestre présidentiel, c’est comme la Garde républicaine en France.

Et puis quand je parle aux étudiants du conservatoire de Kiev maintenant, je leur dis « essaye de prendre un nouveau morceau », parce que c’est toujours focalisé sur un très petit nombre de morceaux. Et si tu prends un nouveau morceau, ton professeur, il va dire « non, non, prends ça comme d’habitude ». Donc il n’y a pas de diversité. Il n’y a pas de fantaisie. Il n’y a pas d’exigence d’apprendre. Avec Claude Delangle, mon professeur au CNSM, si tu joues plus que trois, quatre fois le même morceau, il n’est pas très content. Chez nous en Ukraine, on joue deux, trois morceaux dans l’année. Donc il n’y a pas beaucoup d’exigence. Moi, ce qui m’a boosté et motivé, c’est quand j’ai décidé de faire les concours de temps en temps. Parce que là, si tu fais un concours, tu as plus qu’une heure du programme et ça te motive de travailler.

Donc juste par rapport à ça, bien sûr, ça me donnerait envie de partager. J’ai plein de choses à partager. En plus, je suis quand même le premier saxophoniste ukrainien qui est entré au CNSM. Je peux dire que je suis fier de ça, mais j’aimerais bien qu’il y en ait plus, que ça ne s’arrête pas.

Voilà. Voilà, donc… Je fais le CA. Si je trouve un poste, oui. Et par rapport à la carrière, oui, ça serait mieux de se lancer. Et ça dépend aussi de la chance. On ne sait jamais.

Quand on rencontre Pax, on sait que ça peut changer à n’importe quel moment. On peut avoir un coup d’appel ou, je ne sais pas, avoir envie de faire quelque chose et on ne sait jamais où ça va nous emmener. Mais a priori, oui, une carrière aussi à l’étranger, ça serait bien à faire.

Et l’année prochaine, je serai délégué de promo de Pax… Je reste avec Pax !

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