1-Départ d’Ukraine
C’était tout fou. C’était la première semaine après la guerre. J’ai quitté l’Ukraine au début de mars, fin février, début mars. D’abord, on a passé la frontière avec la Pologne. Donc on était chez nos proches en Pologne quelques jours. Et après quelques jours chez nos proches en Allemagne. Après la Pologne et l’Allemagne, je suis arrivée en Italie. Et j’ai passé six mois en Italie dans un conservatoire. Juste pour terminer l’année musicale. Juste pour terminer l’année scolaire. À ce moment, j’étais en première année au conservatoire de Kiev. À l’Académie de musique de Kiev. C’était ma première année de licence. Donc juste pour terminer l’année. Et je ne savais pas ce que je devais faire après.
Et en août, je me posais une question. Qu’est-ce que je devais faire après ? Parce que je n’aime pas trop mon professeur de piano. Et je pensais que si je ne trouve pas une solution, je vais peut-être retourner en Ukraine. Mais non. Pendant les masterclasses en Italie, j’ai rencontré un professeur, professeur au CRR, Elena Rozanova. Et j’ai décidé d’essayer le concours au CRR. Et après, je suis venue en France. En septembre 2022.
Donc six mois après la guerre. On a passé une année ensemble au CRR. Et en février 2023, j’ai essayé le concours au CNSM. Et après l’année suivante, j’étais déjà au CNSM.
2-Installation en France
En fait, j’ai rencontré un pianiste lors des masterclasses en Brescia, en Italie. J’ai rencontré un pianiste qui était avant dans la classe d’Elena Rozanova. C’est lui qui m’a inspirée de venir. J’ai passé presque deux mois chez lui et son ami, d’abord et après, c’était la famille des amis des amis qui m’ont accueillie pour une année. Jusqu’à la rentrée au CNSM, j’étais chez une famille. C’était à Rueil-Malmaison. Et après, j’ai trouvé un logement. Après une année.
Maintenant, je donne beaucoup de cours, j’ai beaucoup de travail. Maintenant, je n’ai pas de problème avec la bourse. Parce que, oui, j’ai une bourse. Et l’année dernière, j’avais des problèmes. Donc, j’ai trouvé beaucoup de travail. Maintenant, je donne des cours de piano. J’accompagne une chorale. Aussi, je fais plein de petits trucs. Je voudrais avoir un petit peu plus de temps aussi pour jouer. Mais c’est comme ça.
Maintenant, je suis dans la résidence étudiante du conservatoire, cette année. Et l’année dernière, j’étais déjà là-bas. Et donc, j’ai un piano droit dans mon appartement. Mais je travaille plutôt au conservatoire parce qu’il y a de bons pianos là-bas.
3-Ressenti à l’arrivée en France
Alors, en septembre 2022, pendant les trois premiers mois, je ne suis presque pas sortie de chez moi. J’ai plutôt travaillé mon piano. Je ne parlais pas très bien le français. Maintenant ce n’est pas l’idéal non plus, mais à l’époque je ne parlais presque pas… J’ai étudié le français avec mes livres et tout. Mais je ne suis presque pas sortie de chez moi. Je ne sais pas pourquoi. C’était plutôt le peur de quelque chose. Ce n’était pas la dépression. Mais j’étais seule parce que toute ma famille est en Ukraine. Donc, j’étais seule. Et peut-être que j’avais peur de rencontrer le monde. Je ne sais pas comment dire.
Mais peu à peu, ça a changé. Déjà la deuxième année je devais sortir plus parce que j’étais déjà au CNSM. Peut-être que c’était la peur de la langue étrangère, la première année, oui. J’étais presque toujours seule. La plupart du temps, on est resté ensemble, juste avec mes deux amis. Et on a parlé anglais à cause de moi. Mais oui, la deuxième année en France, j’étais déjà auCNSM. C’était plus simple pour moi pour comprendre ce qui se passe autour de moi. Oui, maintenant, je trouve que la France est peut-être le meilleur pays pour la musique, pour les études. Maintenant, je me sens assez bien. Oui, mais au début, c’était pas comme ça…
4-Découverte de Pax Musica et projets
Mes deux amis, moi j’ai deux amis, maintenant ils sont déjà cette année, avec Pax Musica aussi. C’est Toma Berwetski, violoniste, et Diana Stohnushenko, la pianiste. Ils ont joué dans un concert au CRR. C’était le 1er avril 2025, et ils m’ont invitée. Diana m’a invitée à l’écouter. Je suis venue juste pour les écouter. Après, j’ai entendu… En fait, c’était le concert qui était dédié à cette association. Et moi, j’ai entendu parler dans ce concert.
En fait, cette idée pour aider les musiciens réfugiés, je pensais que ce serait bien de faire de la musique avec des gens qui me comprennent très bien. De rencontrer les autres musiciens avec un parcours différent, mais quand même que chacun a quelque chose en commun. C’était ça qui m’a poussée, je crois. De faire de la musique avec des gens qui me comprennent aussi mentalement très bien.
Déjà le week-end il y a deux semaines, on avait la première grande rencontre pendant tout le week-end, le samedi et dimanche. Et on a parlé de tous les projets pour l’année. On va avoir des ateliers très intéressants à propos de stratégie du repertoire, comment créer des groupes de musique de chambre (parce que moi, je suis intéressée plutôt dans la musique de chambre). Donc il y a beaucoup d’ateliers intéressants. Comment on peut organiser notre carrière en France. Aussi, il y aura des concerts où on va participer.
Et déjà cette idée de mentor qui peut t’accompagner, aussi de répondre à tes questions. En fait, tu ne peux pas poser ces questions à tout le monde, mais c’est déjà trop bien d’avoir des gens qui peuvent te montrer la direction de ce que tu peux faire avec ton éducation, avec ton parcours dans la vie et en France. Pendant ce week-end, on a beaucoup discuté entre nous sur ce qu’on peut faire.
Moi, j’aimerais faire de la musique avec le violoniste Toma. Oui, on a des idées de programmes avec le saxophoniste Daniyo. En fait, en juillet, on avait aussi un concert de Pax Musica et là-bas, j’ai rencontré des musiciens arméniens. Et on a un tout petit peu parlé, mais on n’a pas décidé quelque chose. Mais on a parlé qu’on peut jouer ensemble. C’était Artyom qui joue du doudouk. Donc j’aimerais bien aussi jouer avec lui. On a beaucoup d’idées de programmes. Maintenant, il faut juste trouver du temps pour préparer tout ce programme.
5-Avenir et nostalgie
Il y a trois ans, même il y a deux ans, je pensais que j’allais quand même retourner dans mon pays. Mais maintenant, c’est assez bien pour moi en France. Et c’est assez compliqué de parler de quelque chose comme le retour en Ukraine.
Mais si je reste en France, j’aime bien la musique de chambre. Je vois mon travail avec des musiciens, avec la musique de chambre, et aussi j’aime bien enseigner. Donc je donne des cours et j’aime bien partager mon expérience avec les autres. Avec des petits aussi ; ce n’est pas facile mais j’aime bien cette expérience. Je vois ma vie comme ça.
Même si je retourne en Ukraine, je ne sais pas si moi je vais être… Comment dire ? Si ça va être… Ce n’est pas ce que je veux dire : la culture, on a toujours besoin de la culture. Mais maintenant, ma profession n’est pas la première dont on a besoin peut-être en Ukraine. Pourtant, je ne vois pas d’options pour retourner en Ukraine.
Ma nostalgie était très, très, très forte il y a quelques années. Mais maintenant j’ai une vie assez chargée, la vie étudiante, la vie aussi avec du travail, beaucoup de choses à faire, je suis toujours occupée. Et donc maintenant, je n’ai vraiment pas de temps pour la nostalgie. Une fois ou deux fois par an, je retourne pour voir ma famille. Mais ce n’est pas pour longtemps, c’est juste pour une semaine. Et quand ma famille est à Kiev, c’est assez dangereux d’être là-bas. Donc on passe du temps plutôt chez nos proches. Et ce n’est toujours pas assez. Ce n’est toujours pas assez. Ce n’est toujours pas beaucoup de temps. Et après, je suis encore seule en France. Mais on est toujours au téléphone. Maintenant, je ne peux pas dire que j’ai une nostalgie forte. Mais ce n’était pas comme ça il y a quelques années.


